Kant 148 vmc : Eduquer c’est plus qu’adapter à la société. [Réf. Edu.]

Publié le par Maltern

Kant 148 : Eduquer c’est plus qu’adapter à la société. [Réf. Edu.]

1724-1804 [pub. 1803]

 
* Eduquer est-ce élever au bien universel ou adapter à la société telle qu’elle est ?

 

« Voici un principe de l’art de l’éducation que particulièrement les hommes qui font des plans d’éducation devraient avoir sous les yeux : on ne doit pas seulement éduquer des enfants d’après l’état présent de l’espèce humaine, mais d’après son état futur possible et meilleur, c’est‑à‑dire conformément à l’Idée de l’humanité et à sa destination totale. Ce principe est de grande im­portance. Ordinairement les parents élèvent leurs enfants seu­lement en vue de les adapter au monde actuel, si corrompu soit‑il. Ils devraient bien plutôt leur donner une éducation meil­leure, afin qu’un meilleur état pût en sortir dans l’avenir. Tou­tefois deux obstacles se présentent ici :

1) Ordinairement les parents ne se soucient que d’une chose : que leurs enfants réussissent bien dans le monde,

et 2) les princes ne considèrent leurs sujets que comme des instruments pour leurs desseins.

Les parents songent à la maison, les princes songent à l’Etat. Les uns et les autres n’ont pas pour but ultime le bien universel et la perfection à laquelle l’humanité est destinée, et pour la­quelle elle possède aussi des dispositions. Cependant la conception d’un plan d’éducation doit recevoir une <orientation> cosmopolitique. Et alors le bien universel est‑il une Idée qui puisse nuire à notre bien particulier ? En aucun cas ! car même s’il semble qu’il faille lui sacrifier quelque chose, on n’en travaille que mieux, grâce à cette Idée, au bien de son état présent. Et aussi que de magnifiques conséquences l’accompagnent ! La bonne éducation est précisément la source dont jaillit tout bien en ce monde. Les germes, qui sont en l’homme, doivent seule­ment être toujours davantage développés. Car on ne trouve pas les principes qui conduisent au mal dans les dispositions na­turelles de l’homme. L’unique cause du mal, c’est que la nature n’est pas soumise à des règles. Il n’y a dans l’homme de germe que pour le bien. »

 

[Kant, Réflexions sur l’Education]



 

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