Aubenque : La rhétorique d'Aristote les trois genres : judiciaire, épidictique, délibératif et leur origine

Publié le par Maltern

Pierre Aubenque : La rhétorique d'Aristote les trois genres : judiciaire, épidictique, délibératif et leur origine


« Très remarquable à cet égard est la Rhétorique d'Aristote, que la tradition n'a pas rangée dans l'Organon, mais qui n'en est pas moins une partie importante de la théorie du logos. À la différence du discours dialectique, qui s'adresse à l'homme en tant seulement qu'il peut répondre à ce qu'on lui dit, c'est-à-dire à l'homme en tant que parlant, le discours rhétorique s'adresse à l'homme total, capable de jugement, mais aussi de passions, que, selon les circonstances, l'orateur doit savoir apaiser ou, au contraire, exciter.

C'est pourquoi Aristote divise la rhétorique en trois genres, non pas tant d'après le contenu du discours que d'après la relation du discours à l'auditeur, relation qui reflète elle-même les trois attitudes possibles à l'égard du temps : le jugement sur le passé appelle le genre judiciaire  ; l'attitude spectatrice et non critique à l'égard du présent favorise le panégyrique et le blâme, objets du genre épidictique ; enfin, la délibération sur l'avenir, tâche qui incombe à Athènes à l'Assemblée du peuple, suscite le genre délibératif (Rhét., I, 3, 1358 b 13-20).

On ne s'étonnera donc pas que le discours rhétorique suppose, pour être efficace, une certaine psychologie pratique, connaissance de la passion (pathos) et des mœurs (éthos) de ceux auxquels il s'adresse. C'est pourquoi le livre II de la Rhétorique est occupé, pour sa plus grande part, par un traité empirique du caractère et des passions, où la subtilité des analyses « eidétiques » (sur la colère, sur la haine, etc.) ne doit pas faire oublier qu'Aristote ne voyait pas là une étude scientifique (qui aurait exigé une mise en relation de la forme des passions avec leur « matière » physiologique), mais un manuel d'anthropologie pratique, fondement d'une tactique de la persuasion destinée à s'immiscer dans les relations des hommes entre eux.

Nous sommes loin ici de la rhétorique philosophique, appuyée sur la science des Idées, que préconisait Platon dans la deuxième partie du Phèdre : Aristote ne propose pas une transmutation philosophique de l'art rhétorique, mais, en dehors de tout jugement de valeur, une élaboration méthodique de la technique plus ou moins spontanément mise en œuvre par les rhéteurs. »

[Pierre Aubenque, art. Aristote, En. Universalis]



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