Actu : 2003 : Intervention en Irak L'ONU impuissante face à la force : éclairage Kant : Idée d'une histoire universelle... Propositions 7 et 8.

Publié le par Maltern

 

2003 : Intervention en Irak :  L'ONU impuissante face à la force : éclairage Kant : Idée d'une histoire universelle... Propositions 7 et 8.







Opération IRAQI FREEDOM 

les hélicoptères HH-60 Blackhawks gagnent le front

à partir des bases rrières, au soleil levant. 2 avril 2003



Pour travailler le document sur pappier, sans les illustations, c'est ici : 2003.doc 2003 Irak et Kant .doc


Question : la « monumentale expérience internationaliste du XXe siècle », qui visait à "soumettre l'usage de la force au règne de la loi » s'achève-t-elle avec l'impuissance de l'ONU ?



LE PORTAIL : Toutes les organisations internationales et administrations nationales (Ministères, ONG, Droit et Justice etc.) : http://www.service-public.fr/

ONU -  Le site officiel de l'ONU : http://www.un.org/french/

OTAN - Le site officiel de l'OTAN : http://www.nato.int/home-fr.htm

Conseil de l'Union Européenne : http://europa.eu.int/index-fr.htm




"La fin de l'expérience internationaliste du XXe siècle"

New York (Nations unies) de notre correspondante


Pas mécontents d'avoir fait sauter "le tabou du changement de régime" dans le droit international, les "faucons" américains vont de l'avant. Chaque jour, le staff onusien peut suivre dans la presse leurs débats sur la réforme ou la mort des Nations unies.


"On nous assassine", dit un responsable.


La charge a été lancée, de Londres, par le conseiller de Donald Rumsfeld, Richard Perle, dans un article du Guardian du 21 mars, désormais fameux : "Merci, mon Dieu, pour la mort de l'ONU". La guerre venait de commencer. M. Perle prévoyait que Saddam Hussein ne tomberait pas seul mais entraînerait l'ONU avec lui. "Oh, pas l'ONU tout entière, rectifiait-il. La partie "bons travaux" va survivre, la bureaucratie des opérations de maintien de la paix à peu de risques, le moulin à paroles." Mais ce qui va mourir, poursuivait-il, "c'est le mythe des Nations unies comme fondation d'un nouvel ordre international", le "concept libéral d'une sécurité obtenue par un droit international mis en application par des institutions internationales".


Depuis, de nouvelles banderilles sont plantées tous les jours. La bureaucratie du programme "Pétrole contre nourriture" a été accusée d'avoir caché l'importance des contrats remportés depuis 1996 par la Russie ou la France (alors que chaque contrat est public). Dans le Weekly Standard du 28 avril, Lawrence Lindsay, remercié en janvier de l'équipe économique de la Maison Blanche, raconte comment l'ONU n'est pas aussi "humanitaire" qu'on le croit : la preuve, ses bureaucrates l'ont empêché d'adopter deux enfants au Kosovo (la responsable de l'orphelinat, insiste-t-il, était, d'ailleurs, une Française). Qu'on se rassure : l'ex-conseiller de M. Bush a quand même pu adopter un bébé, dont la mère avait eu la bonne idée d'aller accoucher au Monténégro.


Les néoconservateurs ont préparé le terrain pour un éventuel deuxième contournement de l'ONU, au cas improbable où le Conseil de sécurité s'opposerait à l'administration Bush sur la reconstruction. Le point de droit selon lequel Washington aurait besoin du Conseil de sécurité pour lever les sanctions contre l'Irak a déjà été balayé, au motif que le changement de régime a rendu caduques les résolutions existantes. Cet argument est développé dans un rapport publié fin avril par la Heritage Foundation, qui recommande au président Bush de "limiter le rôle des Nations unies" en Irak.


NOUVEAUX MÉCANISMES


Les universitaires et spécialistes des relations internationales sont à peine plus encourageants pour l'ONU. Michael Glennon publie dans la livraison de mai-juin de Foreign Affairs, l'influente revue proche du département d'Etat, un article qui a été abondamment photocopié et commenté à l'ONU. L'Irak a sonné, écrit-il, la"fin d'une grande expérience", la "monumentale expérience internationaliste du XXe siècle", qui visait à "soumettre l'usage de la force au règne de la loi". En fait, explique-t-il, il ne pouvait en aller autrement : dès lors que les Etats-Unis atteignaient une puissance aussi énorme, "le sort du Conseil était scellé". Le chercheur estime que les Etats-Unis vont être confrontés à des "pressions pour limiter leur usage de la force". Ils devront "y résister" et construire dans la foulée "de nouveaux mécanismes internationaux" de préservation de la paix et de la sécurité globale. Une nouvelle ONU, autrement dit.

Corine Lesnes


[Le Monde, édition du 09.05.03]






L'éditorial du Monde

L'ONU dégradée


SOUS FORME d'un projet de résolution proposé par Washington, Londres et Madrid, le dossier irakien retourne à l'ONU. Certains des conseillers les plus durs du président George W. Bush auraient aimé contourner l'Organisation. Tout ce qui, dans le système multilatéral actuel, pourrait limiter l'action des Etats-Unis leur paraît condamnable - et devant être abattu.


 Richard Perle, l'un des collaborateurs du secrétaire à la défense, Donald Rumsfeld, célébrait avec la chute de Bagdad "la mort de l'ONU"... L'ennemi n'est pas seulement tel ou tel groupe d'Etats voyous ou la nébuleuse du terrorisme islamiste ; c'est aussi la tour de verre qui, au bord de l'East River, abrite le bâtiment des Nations unies.


Tous ceux qui estiment que l'ONU, dans son imperfection, avec ses limites et ses échecs, parfois retentissants, n'en incarne pas moins une esquisse de légalité internationale - et constitue le seul forum à pouvoir le faire - se féliciteront de voir le cas irakien de nouveau à New York. Mais c'est un retour qui porte la marque de la volonté américaine : tout faire pour diminuer le rôle politique de l'ONU.


Washington reconnaît qu'il est difficile de ne pas disposer de l'imprimatur de l'ONU pour "légaliser" l'occupation de l'Irak, c'est-à-dire l'administration directe d'un pays souverain par d'autres pays, le temps d'y installer un nouveau régime. Il faut donc en passer par le Conseil de sécurité pour qu'il "endosse", "pour une période initiale de douze mois", renouvelable, le pouvoir exercé à Bagdad par les pays qui ont gagné la guerre (désignés, dans le projet de résolution, par l'expression "Autorité provisoire de la coalition",sans qu'on sache exactement combien de pays ont l'honneur de faire partie de ladite coalition...).


Contrairement à l'Afghanistan, au Kosovo ou à Timor, par exemple, aucun envoyé de l'ONU n'assurera, serait-ce symboliquement, la fonction de patron de l'"Autorité". Cette mission est confiée à l'Américain Paul Bremer (dont il n'est pas dit qu'il doit rendre compte au Conseil). L'ONU est dépourvue de tout rôle politique ; elle est cantonnée dans l'humanitaire. Il s'agit de la dépouiller de son pouvoir dans le domaine de ce que sa Charte appelle le "maintien de la paix", pour la transformer en une vaste organisation internationale d'assistance humanitaire.


Pour la normalisation la plus rapide de la situation en Irak, sans doute faut-il souhaiter qu'il n'y ait pas au sujet de cette résolution d'inutiles batailles théologiques. Mais il ne faut pas non plus être dupes. L'affaire va au-delà d'une manifestation de mesquinerie de la part de l'administration Bush à l'égard du Conseil de sécurité, comme de tous ceux - du Canada à la France, en passant par le Mexique - qui ont eu le culot de lui résister dans l'affaire irakienne. Elle est profondément révélatrice de son attitude sur la scène internationale. Révélatrice de sa volonté d'imperium solitaire, à la fois au nom du drame vécu en 2001 (révélation de sa faiblesse) et de son hégémonie militaire (manifestation de sa force).


[Le Monde, 11.05.03]



Colin Powell à l'ONU en février 2003


L'origine de l'opération Iraqi Freedom de 2003


« ONU Conseil de sécurité, 5 février 2003, un mois avant l'invasion de l'irak,. Colin Powell mentionne des informations datées provenant de «Curve Ball» et présente des éléments de preuves de l'existence d'un arsenal biologique mobile aux mains de Saddam Hussein.

La «source, est un témoin oculaire, un ingénieur chimique irakien» ayant travaillé dans une usine de Djerf al-Nadaf, où les véhicules étaient prétendument convertis en laboratoires mobiles d'armes de destruction massive.

La chaîne de télévision américaine CBS a identifié en nov. 2007 l'auteur des faux renseignements utilisés pour justifier le renversement de ans, apparu en Saddam Hussein : Rafid Ahmed Alwan, un Irakien de 32 novembre 1999 dans un centre de réfugiés allemand près de Nuremberg pour y demander l'asile politique. « Au terme d'une enquête de deux ans, le correspondant de CBS, Bob Simon, a reconstitué la trame du scénario monté de toutes pièces pour monnayer un droit d'asile au prix d'une guerre décidée d'avance : «S'ils n'avaient pas eu "Curve Ball", ils auraient probablement trouvé autre chose», a admis un ancien responsable de la CIA, Tyler Drumheller, sur le plateau de Minutes. [...] C'est à partir de ses dessins de camions équipés de tuyaux multiples, sortant du bâtiment par une porte secrète, que le dossier confié à Colin Powell avait été échafaudé. Pourtant, le transfuge avait refusé d'être interrogé directement par des agents américains, ceux-ci se contentant des rapports de leurs collègues allemands. [...] George Tenet, alors directeur de la CIA, avait déclaré au président Bush « que l'affaire était «dans le sac» («slam dunk», selon la formule de basket-ball). » À l'ONU, Colin Powell allait même mentionner une contamination qui, selon Curve Ball, avait coûté la vie, en 1998, à douze employés de l'usine de Djerf al-Nadaf. Or, le «témoin oculaire», qui n'avait lui-même travaillé, comme simple employé, que jusqu'en 1995 sur le site, avait déjà quitté l'Irak à l'époque. La «source» n'était qu'un bonimenteur que les Américains avaient décidé de juger plus digne de confiance que les inspecteurs de l'ONU qui n'avaient trouvé aucune trace d'agents chimiques à Djerf al-Nadaf. Rafid Alwan vit aujourd'hui en Allemagne sous une fausse identité. »


[Le Figaro, du 08/11/2007, sous le titre « Un imposteur pour justifier la guerre en Irak]





C-130H2 Hercules - Operation Iraqi Freedom




Eclairage : Kant : Idée d'une histoire universelle au point de vue Cosmopolitique, 1784. En particulier propositions 7 et 8 :




SEPTIÈME PROPOSITION


Le problème de l'établissement d'une constitution civile parfaite est lié au problème de l'établissement de relations régulières entre les États, et ne peut. pas être résolu indépendamment de ce dernier. -

 

[La nécessité des rapports réglés = insociabilité des communautés :]


A quoi bon travailler à une constitution civile régulière, c'est‑à‑dire à l'éta­blissement d'une communauté entre individus isolés ? La même insociabilité qui contraignait les hommes à s'unir est à son tour la cause d'où il résulte que chaque communauté dans les relations extérieures, c'est-­à‑dire dans ses rapports avec les autres États, jouit d'une liberté sans contrainte; par suite chaque État doit s'attendre à subir de la part des autres exactement les mêmes maux qui pesaient sur les hommes et les contraignaient à entrer dans un État civil régi par des lois.


La nature a donc utilisé une fois de plus l'incompatibilité des hommes et même l'incompatibi­lité entre grandes sociétés et corps politiques auxquels se prête cette sorte de créatures, comme un moyen pour forger au sein de leur inévitable antagonisme un état de calme et de sécurité.


Ainsi, par le moyen des guerres, des préparatifs excessifs et incessants en vue des guerres et de la misère qui s'ensuitaprès bien des ruines, bien des naufrages, après même un épuisement intérieur radical de leurs forces, pousse les États à faire ce que la raison aurait aussi bien pu leur apprendre sans qu'il leur en coûtât d'aussi tristes épreuves, c'est‑à‑dire à sortir de l'état anarchique de sauvagerie, pour entrer dans une Société des Nations. intérieurement pour chaque État, même en temps de paix, la nature, dans des tentatives d'abord imparfaites, puis finale­ment,

 

Là, chacun, y compris le plus petit État, pourrait attendre la garantie de sa sécurité et de ses droits non pas de sa propre puissance ou de la propre appréciation de son droit, mais uniquement de cette grande Société des Nations (Foedus Amphyctionum), c'est‑à‑dire d'une force unie et d'une décision prise en vertu des lois fondées sur l'accord des volontés.


Si romanesque que puisse paraître cette idée, et bien qu'elle ait été rendue ridicule chez un Abbé de Saint Pierre ou un Rousseau (peut‑être parce qu'ils en croyaient la réalisation toute proche), telle est pour­tant bien l'issue inévitable de la misère où les hommes se plongent les uns les autres, et qui doit forcer les États à adopter la résolution (même si ce pas leur coûte beaucoup) que l'homme sauvage avait accepté jadis tout aussi à contrecœur : résolution de renoncer à la liberté brutale pour chercher repos et sécurité dans une constitution conforme à des lois.


Toutes les guerres sont de ce fait autant de tentatives (non pas bien entendu dans l'intention des hommes, mais dans celle de la nature) pour réaliser de nouvelles relations entre les États, et, par leur destruction, ou du moins par leur démembrement général, pour former de nouveaux corps; ceux‑ci à leur tour, soit dans leurs rapports internes, soit dans leurs relations mutuelles ne peuvent se maintenir, et par conséquent doivent subir d'autres révolutions analogues.


Un jour enfin, en partie par l'établissement le plus adéquat de la constitution civile sur le plan intérieur, en partie sur le plan extérieur par une convention et une législation communes, un état de choses s'établira qui, telle une communauté civile universelle, pourra se maintenir par lui‑même comme un automate.


Et maintenant,


A - est‑ce d'un concours épicurien des causes efficientes qu'il nous faut attendre que les États, comme les atomes de la matière, essaient, en s'entrechoquant au hasard, toutes sortes de structures qu'un nouveau choc détruira à leur tour, jusqu'à ce qu'enfin, un jour, par hasard, l'une d'elles réussisse à se conserver dans sa forme (heureux hasard, dont on n'imagine pas sans peine la réussite!) ?


B -  Ou bien doit‑on plutôt admettre que la nature suit ici un cours régulier en conduisant notre espèce du degré inférieur de l'animalité au degré supérieur de l'humanité par un art qui lui est propre, bien qu'imposé de force à l'homme, tandis qu'elle développe ces dispositions primitives, selon un plan‑tout à fait régulier en dépit du désordre apparent qui préside à son arrangement?


C - Ou bien prétendra‑t‑on au contraire que toutes ces actions et réactions des hommes, dans leur ensemble, n'aboutissent nulle part à rien, à rien de sage du moins, que tout continuera comme par le passé et qu'on ne peut prévoir si la discorde naturelle à notre espèce ne nous préparera pas finalement, malgré l'état de civilisation, un enfer de maux, en anéantissant peut-être une fois de plus par une destruction barbare cette civilisation et tous les progrès que nous fîmes jusqu'ici dans la culture (menace d'un destin dont rien ne saurait nous garantir sous le règne du hasard aveugle qui pratique­ment s'identifie à la liberté sans loi, à moins qu'on ne soumette cette liberté à un principe naturel d'une secrète sagesse)?


Toutes ces hypothèses reviennent à peu près à se poser la question suivante : est‑il raisonnable d'admet­tre la finalité de l'organisation de la nature dans le détail et cependant l'absence de finalité dans l'ensem­ble ?


 L'état des sauvages, dépourvu de finalité, d'abord entrave toutes les dispositions naturelles de notre espèce ; mais, en fin de compte, il les a forcés, par le moyen des maux où il les plongeait, à sortir de cet état pour entrer dans une constitution civile où tous ces germes ont pu se développer.


La liberté barbare des États déjà établis réalise également cette transformation.

En effet, l'application de toutes les forces des communautés à s'armer les unes contre les autres, les ravages que provoque la guerre, et bien plus encore la nécessité de se sentir continuellement prêt à la guerre, gênent le complet développement des dispositions de la nature dans leur cours.

Mais par contre aussi, les maux qui découlent de cette situation contraignent notre espèce à imaginer une loi de compensation en face de cette opposition (en soi­-même salutaire), que manifestent nombre d'États vivant côte à côte, et, pour donner du poids à cette loi, à introduire une force unifiée, et par suite une situation cosmopolitique de sécurité publique des États, d'où le danger ne soit pas tout à fait exclu (car il ne faut pas que les forces des hommes s'assoupissent complètement), mais que règle un principe d'égalité pour leurs actions et réactions mutuelles, afin qu'ils ne se détruisent pas les uns les autres.

Tant que ce dernier pas n'est point franchi (à savoir l'association des États), ce qui ne représente guère qu'une moitié du développement pour la nature humaine, cette dernière endure les pires maux sous l'apparence trompeuse d'un bien‑être extérieur;

 et Rousseau n'avait pas tellement tort de préférer l'état des sauvages, abstrac­tion faite, évidemment, de ce dernier degré auquel notre espèce doit encore s'élever.


* Civilisé, mais pas moralisés...


Nous sommes hautement cultivés dans le domaine de l'art et de la science. Nous sommes civilisés, au point d'en être accablés, pour ce qui est de l'urbanité et des bien­séances sociales de tout ordre.

Mais quant à nous considérer comme déjà moralisés, il s'en faut encore de beaucoup.


Car l'idée de la moralité appartient encore à la culture; par contre, l'application de cette idée, qui aboutit seulement à une apparence de moralité dans l'honneur et la bienséance extérieure, constitue sim­plement la civilisation.


* Priorité à l'éducation dans les Etats...


Mais aussi longtemps que des États consacreront toutes leurs forces à des vues d'expansion chimériques et violentes, et entraveront ainsi sans cesse le lent effort de formation intérieure de la pensée chez leurs citoyens, les privant même de tout secours dans la réalisation de cette fin, on ne peut escompter aucun résultat de ce genre; car un long travail intérieur est nécessaire de la part de chaque communauté pour former à cet égard ses citoyens.

Par contre, tout bien qui n'est pas greffé sur une disposi­tion moralement bonne n'est que pure chimère et faux clinquant. Le genre humain restera sans doute dans cette position jusqu'à ce que, de la manière que je viens d'indiquer, il se dégage laborieusement de la situation chaotique où se trouvent les rapports entre États.


La vision de jeunes Marines engagés. Generation Kill est une Mini-série adaptée par David Simon et Ed Burns du livre éponyme d'Ewan Wright, journaliste de Rolling Stones qui a suivi une unité de Marines pendant les 40 premiers jours de l'invasion américaine en Irak en 2003.

HUITIÈME PROPOSITION


On peut envisager (histoire de (espèce humaine en gros comme la réalisation d'un plan caché de la nature pour produire une constitution politique parfaite sur le plan intérieur, et, en fonction de ce but à atteindre, égale­ment parfaite sur le plan extérieur; c'est le seul état de choses dans lequel la nature peut développer complètement toutes les dispositions qu'elle a mises dans l'humanité.

 

Cette proposition découle de la précédente. On le voit, la philosophie pourrait bien avoir aussi son milléna­risme(Chiliasmus) ; mais pour en favoriser l'avène­ment, l'idée qu'elle s'en fait, encore de très loin seulement, peut jouer un rôle par elle-même.


Ce n'est donc nullement une rêverie de visionnaire. Il s'agit seulement de savoir si l'expérience révèle quelque chose qui justifie un tel processus dans les plans de la nature.

Je dis « un tant soit peu », car ce circuit semble exiger un tel laps de temps avant de se fermer que, si nous nous fondons sur la portion infime parcourue jusqu'ici par l'humanité dans ce domaine, on ne peut déterminer la forme de ce circuit et les rapports des parties au tout qu'avec bien peu de certitude.


Pareillement, en s'appuyant sur toutes les observations du ciel faites jusqu'ici, entrevoit‑on bien difficilement la course qu'accomplit notre soleil et tout son cortège de satellites dans le grand système des planètes; cependant le peu qu'on a observé du fondement général de la constitution systématique de l'édifice du monde nous donne assez de certitude pour conclure à la réalité de cette révolution.

En attendant, la nature humaine adopte l'attitude suivante : Même à l'égard de l'époque la plus éloignée que doit atteindre notre espèce, elle ne demeure pas indifférente, à condition de pouvoir l'atteindre avec certitude.

En particulier, nous pouvons d'autant moins être indiffé­rents dans notre cas, puisque, semble‑t‑il, nous sommes capables par notre propre disposition raison­nable d'amener plus vite l'avènement de cette ère si heureuse pour nos descendants.

A ce titre, pour nous-même, les faibles indices de son approche sont très importants.

Aujourd'hui déjà, les États entretiennent des rapports mutuels si raffinés qu'aucun d'eux ne peut relâcher sa culture intérieure sans perdre à l'égard des autres de sa puissance et de son influence; par conséquent, sinon le progrès, du moins la conser­vation de ce but naturel, est suffisamment garantie par les desseins ambitieux que ceux‑ci nourrissent.

Bien plus, la liberté du citoyen ne peut plus guère être attaquée sans que le préjudice s'en fasse sentir dans tous les métiers, et particulièrement dans le commerce; mais aussi, du même coup, se manifeste l'affaiblissement des forces de l'État dans ses relations extérieures. Or cette liberté s'étend d'une manière continue. Quand on empêche le citoyen de chercher son bien‑être par tous les moyens qu'il lui plaît, avec la seule réserve que ces moyens soient compatibles avec la liberté d'autrui, on entrave le déploiement de l'activité générale, par suite en retour, les forces de la collectivité.

C'est pourquoi les restrictions apportées à la personne, dans ses faits et gestes, sont de plus en plus atténuées; c'est pourquoi la liberté universelle de religion est reconnue; ainsi perce peu à peu sous un arrière‑fond d'illusions et de chimères, l'ère des lumières; c'est là un grand bien dont le genre humain doit profiter en utilisant même la soif égoïste de grandeur de ses chefs, pour peu que ceux-ci compren­nent leur propre intérêt.

Mais ces lumières, et avec elles encore un certain attachement que l'homme éclairé témoigne inévitablement pour le bien dont il a la parfaite intelligence, doivent peu à peu accéder jusqu'aux trônes et avoir à leur tour une influence sur les principes de gouvernement.


Prenons un exemple : si nos gouvernements actuels ne trouvent plus d'ar­gent pour subventionner les établissements d'éduca­tion publique, et d'une manière générale pour tout ce qui représente au monde les vraies valeurs, parce que tout est déjà dépensé par avance pour la guerre à venir, il y va pourtant de leur véritable intérêt de ne pas entraver du moins les efforts, certes bien faibles et lents, que leurs peuples accomplissent à titre privé dans ce domaine. Et enfin la guerre ne se borne pas à être une entreprise aux rouages très subtils, très incertaine quant au dénouement pour les deux camps; mais encore pour les fâcheuses conséquences dont se ressent l'État écrasé sous le poids d'une dette toujours croissante (c'est là une invention moderne), et dont l'amortissement devient imprévisible, elle finit par devenir une affaire épineuse; en même temps l'in­fluence que le seul ébranlement d'un État fait subir à tous les autres finit par devenir si sensible (tant chacun d'eux est indissolublement lié aux autres sur notre continent par ses industries) que ceux‑ci sont obligés par la crainte du danger qui les menace, et hors de toute considération législatrice, de s'offrir comme arbitres, et ainsi, longtemps à l'avance, de faire tous les préparatifs pour l'avènement d'un grand orga­nisme politique futur dont le monde passé ne saurait produire aucun exemple. Bien que cet organisme politique pour le moment ne soit encore qu'une ébauche très grossière, un sentiment se fait déjà pour ainsi dire jour chez tous les membres; la conservation de la collectivité leur importe. Ce qui donne l'espoir qu'après maintes révolutions et maints changements, finalement, ce qui est le dessein suprême de la nature, un État cosmopolitique universel arrivera un jour à s'établir : foyer où se développe­ront toutes les dispositions primitives de l'espèce humaine.




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