Exo : La liberté : du mot aux concepts, quelques problématiques ou « conceptions » Epictète, Descartes,Rousseau, Tocqueville, Nietzsche,Bergson

Publié le par Maltern







1885 Statue de la Liberté dans l'atelier de Bartholdi,


surplombe les toits de Paris rue de Chazelle

près du parc Monceau.



Elle est offerte aux Etats-Unis en  1884 Jules Ferry était président du Conseil et Chester Arthur président des Etats-Unis.



La satue débarque à New-York en 1885. Elle mesure 46, 50 m son piédestal 47 m.




















La liberté : du mot aux concepts Quelques problématiques ou « conceptions ».


 

Epictète : Stoïcisme

Descartes : Le libre arbitre

Rousseau : la liberté civile

Tocqueville : la Démocratie libérale ne garantit pas la liberté

Nietzsche : Le libre arbitre : invention des faibles pour culpabiliser les forts

Bergson : L'acte libre : un accord avec toute sa personne


Pour travailler sur tirage papier c'est ici :  EXO_LA-LIBERTE_textes.doc 4 pages sous Word



Epictète 130 ap. J.-C. : La liberté c'est accepter la maîtrise de la volonté, et le bonheur le bonheur comme acceptation du réel



[Le stoïcisme, prône l'indifférence à l'égard de ce qui ne dépend pas de nous mais peut nous affecter, qu'il s'agisse d'un bien ou d'un mal. La volonté, fondamentalement libre (synonyme... c'est le « pouvoir le vouloir ») nous permet de nous dominer, dans nos agitations mentales et de vouloir tout ce qui arrive. Le bonheur sous le forme de l'ataraxie (absence de troubles) est donc à notre portée. ]


I. 1 - Il y a des choses qui dépendent de nous et d'autres qui ne dépendent pas de nous. Ce qui dépend de nous, c'est la croyance, la tendance [hormé], le désir, le refus [l'aversion], bref tout ce sur quoi nous pouvons avoir une action. Ce qui ne dépend pas de nous, c'est la santé, la richesse, l'opinion des autres, les honneurs, bref tout ce qui ne vient pas de notre action.


2 - Ce qui dépend de nous est, par sa nature même, soumis à notre libre volonté ; nul ne peut nous empêcher de le faire ni nous entraver dans notre action. Ce qui ne dépend pas de nous est sans force propre, esclave d'autrui ; une volonté étrangère peut nous en priver.


3 - Souviens-toi donc de ceci : si tu crois soumis à ta volonté ce qui est, par nature, esclave d'autrui, si tu crois que dépende de toi ce qui dépend d'un autre, tu te sentiras entravé, tu gémiras, tu auras l'âme inquiète, tu t'en prendras aux dieux et aux hommes. Mais si tu penses que seul dépend de toi ce qui dépend de toi, que dépend d'autrui ce qui réellement dépend d'autrui, tu ne te sentiras jamais contraint à agir, jamais entravé dans ton action, tu ne t'en prendras à personne, tu n'accuseras personne, tu ne feras aucun acte qui ne soit volontaire ; nul ne pourra te léser, nul ne sera ton ennemi, car aucun malheur ne pourra t'atteindre. [...]


VIII. Il ne faut pas demander que les événements arrivent comme tu le veux, mais il faut les vouloir comme ils arrivent ; ainsi ta vie sera heureuse.


IX. La maladie est une gêne pour le corps, mais non pas pour la volonté, si la volonté elle-même n'y consent pas. Boiter est une gêne pour la jambe, mais non pas pour la volonté. Dis-toi la même chose pour tout ce que le sort t'inflige, car tu découvriras que, si c'est une gêne pour une part de toi, ce n'en est pas une pour toi-même.


[Épictète, Manuel, 130 après J.-C., trad. R. Létoquart, Hatier, coll. "Profil", 1988]


Descartes 1648 : Liberté d'indifférence et liberté éclairée


[Il y a pour Descartes des degrés de liberté. Le plus bas degré est la liberté d'indifférence : pur arbitraire du choix, la volonté n'étant déterminée par aucun mobile. Le plus haut degré est la liberté éclairée : la volonté y est parfaite, car parfaitement éclairée par le jugement.]


« Quant au libre arbitre, liberté je suis entièrement d'accord avec ce qu'en a écrit le Révérend Père. Et, pour exposer plus complètement mon opinion, je voudrais noter à ce sujet que l'indifférence me semble signifier proprement l'état dans lequel se trouve la volonté lorsqu'elle n'est pas poussée d'un côté plutôt que de l'autre par la perception du vrai ou du bien ; et c'est en ce sens que l'ai prise lorsque j'ai écrit que le plus bas degré de la liberté est celui où nous nous déterminons aux choses pour lesquelles nous sommes indifférents. Mais peut-être d'autres entendent-ils par indifférence la faculté positive de se déterminer pour l'un ou l'autre de deux contraires, c'est-à-dire de poursuivre ou de fuir, d'affirmer ou de nier. Cette faculté positive, je n'ai pas nié qu'elle fût dans la volonté. Bien plus, j'estime qu'elle s'y trouve, non seulement dans ces actes où elle n'est poussée par aucune raison évidente d'un côté plutôt que de l'autre, mais aussi dans tous les autres ; à tel point que, lorsqu'une raison très évidente nous porte d'un côté, bien que moralement parlant, nous ne puissions guère choisir le parti contraire, absolument parlant, néanmoins, nous le pouvons. Car il nous est toujours possible de nous retenir de poursuivre un bien clairement connu et d'admettre une vérité évidente, pourvu que nous pensions que c'est un bien d'affirmer par là notre libre arbitre.


[...]Une plus grande liberté consiste en effet ou bien dans une plus grande facilité de se déterminer, ou bien dans un plus grand usage de cette puissance positive que nous avons de suivre le pire, tout en voyant le meilleur. Si nous suivons le parti où nous voyons le plus de bien, nous nous déterminons plus facilement ; mais si nous suivons le parti contraire, nous usons davantage de cette puissance positive. Et ainsi, nous pouvons toujours agir plus librement dans les choses où nous voyons plus de bien que de mal, que dans les choses appelées par nous adiafora, ou indifférentes.


[...]Considérée maintenant dans les actions de la volonté pendant qu'elles s'accomplissent, la liberté n'implique aucune indifférence, qu'on la prenne au premier ou au deuxième sens ; parce que ce qui est fait ne peut pas demeurer non fait, étant donné qu'on le fait. Mais la liberté consiste dans la seule facilité d'exécution, et alors, libre, spontané et volontaire ne sont qu'une même chose. C'est en ce sens que j'ai écrit que j'étais porté d'autant plus librement vers quelque chose que j'étais poussé par plus de raisons, car il est certain que notre volonté se meut alors avec plus de facilité et d'élan. »


[Descartes, lettre au Père Mesland du 9 février 1645, trad. F. Alquié, Œuvres III pp.. 551-553]


Rousseau, 1764 : La liberté n'est pas de faire ce qui nous plait mais c'est obéir à des lois justes.


[L'opinion commune croit qu'être libre c'est vivre sans contraintes extérieures. C'est illusoire pour l'homme réel qui vit avec les autres. Rousseau montre que c'est l'obéissance à des lois justes et communes qui nous libère. Cette liberté citoyenne pose la Loi comme protection de la servitude c'est-à-dire soumission aux hommes. Le texte est une réponse à Tronchin, procureur de Genève, qui en 1762, a fait condamner l'Émile et le Contrat social]


« On a beau vouloir confondre l'indépendance et la liberté. Ces deux choses sont si différentes que même elles s'excluent mutuelle­ment Quand chacun fait ce qu'il lui plaît, on fait souvent ce qui déplaît à d'autres, et cela ne s'appelle pas un état libre. La liberté consiste moins à faire sa volonté qu'à n'être pas soumis à celle d'autrui ; elle consiste encore à ne pas soumettre la volonté d'autrui à la nôtre. Quiconque est maître ne peut être libre, et régner c'est obéir. Vos Magistrats savent cela mieux que personne, eux qui comme Othon, n'omettent rien de servile pour commander. Je ne connais de volonté vraiment libre que celle à laquelle nul n'a droit d'opposer de la résistance ; dans la liberté commune nul n'a droit de faire ce que la liberté d'un autre lui interdit, et la vraie liberté n'est jamais destructive d'elle-même. Ainsi la liberté sans la justice est une véritable contradiction ; car comme qu'on s'y prenne tout gène dans l'exécution d'une volonté désordonnée.


Il n'y a donc point de liberté sans Lois, ni où quelqu'un est au­-dessus des Lois : dans l'état même de nature l'homme n'est libre qu'à la faveur de la Loi naturelle qui commande à tous. Un peuple libre obéit, mais il ne sert pas ; il a des chefs et non pas des maîtres ; il obéit aux Lois, mais il n'obéit qu'aux Lois et c'est par la force des Lois qu'il n'obéit pas aux hommes. Toutes les barrières qu'on donne dans les Républiques au pouvoir des Magistrats ne sont établies que pour garantir de leurs atteintes l'enceinte sacrée des Lois : ils en sont les Ministres non les arbitres, ils doivent les garder non les enfrein­dre. Un Peuple est libre, quelque forme qu'ait son Gouvernement, quand dans celui qui le gouverne il ne voit point l'homme, mais l'organe de la Loi. En un mot, la liberté suit toujours le sort des Lois, elle règne ou périt avec elles ; je ne sache rien de plus certain. »


[Jean-Jacques Rousseau, Lettres écrites de la montagne, 1764, Œ. C. Pleïade, III, p. 841.]


Tocqueville, 1840 : Les démocraties loin d'assurer les libertés peuvent verser dans une servitude douce et réglée.


[Tocqueville est un des premiers à dénoncer dans les démocraties modernes le risque d'une servitude et d'une forme de servitude d'autant plus dangereuse qu'elle est douce et régulière. L'Etat démocratique, - paradoxalement, asservit le peuple quand celui-ci se désintéresse de la politique...]


« Je pense que l'espèce d'oppression dont les peuples démocratiques sont menacés ne ressemblera à rien de ce qui l'a précédée dans le monde; nos contemporains ne sauraient en trouver l'image dans leurs souvenirs. Je cherche en vain moi-même une expression qui reproduise exactement l'idée que je m'en forme et la renferme; les anciens mots de despotisme et de tyrannie ne conviennent point. La chose est nouvelle, il faut donc tâcher de la définir, puisque je ne peux la nommer.


Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde : je vois une foule innombrable d'hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d'eux, retiré à l'écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres : ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l'espèce humaine ; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d'eux, mais il ne les voit pas ; il les touche et ne les sent point ; il n'existe qu'en lui-même et pour lui seul, et, s'il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu'il n'a plus de patrie.


Au-dessus de ceux-là s'élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d'assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l'âge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu'à les fixer irrévocablement dans l'enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu'ils ne songent qu'à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur; mais il veut en être l'unique agent et le seul arbitre ; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages ; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ?


[...] J'ai toujours cru que cette sorte de servitude, réglée, douce et paisible, [...] pourrait se combiner mieux qu'on ne l'imagine avec quelques-unes des formes extérieures de la liberté, et qu'il ne lui serait pas impossible de s'établir à l'ombre même de la souveraineté du peuple. »


[Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique,1840, Folio histoire, 1961, t. II, IVe partie, chap. VI, pp. 434.]



Nietzsche 1889 : Le libre arbitre, une mystification des faibles : la liberté des forts s'oppose aux valeurs démocrates libérales.


[Le libre arbitre, l'idée d'un sujet libre n'est pour Nietzsche qu'un présupposé métaphysique, une croyance propagée par les faibles pour culpabiliser les forts d'user de leur force, faire de l'impuissance une vertu et de la force un vice. La ruse consiste à faire croire qu'il existe un sujet libre, et donc capable de renoncement volontaire à la force.   « La morale populaire sépare la force des effets de la force, comme si, derrière l'homme fort, il y avait un substratum neutre qui serait libre de manifester la force ou non. Mais il n'y a point de substratum de ce genre, il n'y a point d' « être » derrière l'acte, l'effet et le devenir ; l' « acteur » n'a été qu'ajouté à l'acte - l'acte est tout. » [Généalogie I, § 13] Ce  texte du Crépuscule des idoles, met en perspective la liberté et la volonté de puissance dans le cadre des institutions politiques des démocraties libérales, qui pour Nietzsche relèvent d'une imposture.]


« Ma conception de la liberté. La valeur d'une cause se mesure parfois non à ce qu'on atteint par elle, mais à ce qu'il faut la payer, à ce qu'elle nous coûte. En voici un exemple. Les institutions libérales cessent d'être libérales dès qu'elles sont acquises : ensuite, rien n'est plus systématiquement néfaste à la liberté que les institutions libérales. On ne sait que trop à quoi elles aboutissent : elles minent la volonté de puissance, elles érigent en système moral le nivellement des cimes et des bas-fonds, elles rendent mesquin, lâche et jouisseur - en elles, c'est l'animal grégaire qui triomphe toujours. Libéralisme : en clair, cela signifie abêtissement grégaire... Ces mêmes institutions produisent de tout autres effets aussi longtemps que l'on se bat pour les imposer; alors, elles font puissamment progresser la liberté. A y regarder de plus près, c'est la guerre qui provoque ces effets, la guerre pour obtenir des institutions libérales, qui, en tant que guerre, prolonge l'existence des instincts antilibéraux. -Et la guerre est une école de liberté. Car qu'est-ce que la liberté ? C'est d'avoir la volonté d'être responsable de soi-même. De maintenir la distance qui nous isole des autres. De devenir plus indifférent aux peines, aux épreuves, aux privations, et même à la vie. D'être prêt à sacrifier des hommes à sa cause, sans s'en excepter soi-même. La liberté signifie que les instincts virils, les instincts belliqueux et victorieux, ont le pas sur les autres instincts, par exemple. Celui du «bonheur ». L'homme affranchi, et à plus forte raison, l'esprit affranchi, foule aux pieds l'espèce de bien-être dont rêvent les boutiquiers, les chrétiens, les ruminants, les femmes, les Anglais et autres démocrates. L'homme libre est un guerrier. À quoi mesure-t-on la liberté, chez les individus comme chez les peuples ? A la résistance qu'il faut surmonter, à la peine qu'il en coûte pour garder le dessus. Le type supérieur d'homme libre, faudrait le chercher là où il s'agit constamment de vaincre la résistance la plus forte à quelques pas de la tyrannie, tout près du seuil qui marque le risque d'asservissement. »


[Nietzsche, Crépuscule des idoles, 1889, Flâneries, § 38, Folio, trad. J-C Hémery]


Bergson, 1889 : L'acte libre est celui qui exprime la personnalité tout entière"


[Etre libre, c'est être influencé par soi, et ne dépendre que de ce que l'on est. Or ce que l'on est, c'est ce que l'on est devenu : c'est le résultat d'une histoire, par laquelle les influences extérieures se sont incorporées à notre identité.]


« Bref, nous sommes libres quand nos actes émanent de notre personnalité entière, quand ils l'expriment, quand ils ont avec elle cette indéfinissable ressemblance qu'on trouve parfois entre l'œuvre et l'artiste. En vain on allé­guera que nous cédons alors à l'influence toute-puissante de notre caractère. Notre caractère, c'est encore nous ; et parce qu'on s'est plu à scinder la personne en deux parties pour considérer tour à tour, par un effort d'abstrac­tion, le moi qui sent ou pense et le moi qui agit, il y aurait quelque puérilité à conclure que l'un des deux moi pèse sur l'autre. Le même reproche s'adressera à ceux qui demandent si nous sommes libres de modifier notre caractère. Certes, notre caractère se modifie insensiblement tous les jours, et notre liberté en souffrirait, si ces acquisitions nouvelles venaient se greffer sur notre moi et non pas se fondre en lui. Mais, dès que cette fusion aura lieu, on devra dire que le changement survenu dans notre caractère est bien nôtre, que nous nous le sommes approprié. En un mot, si l'on convient d'appeler libre tout acte qui émane du moi, et du moi seulement, l'acte qui porte la marque de notre personne est véritablement libre, car notre moi seul en revendiquera la paternité. La thèse de la liberté se trouverait ainsi vérifiée si l'on consentait à ne chercher cette liberté, que dans un certain caractère de la décision prise, dans l'acte libre en un mot. Mais le déterministe, sentant bien que cette position lui échappe, se réfugie dans le passé ou dans l'avenir. Tantôt il se transporte par la pensée à une période antérieure, et affirme la détermination nécessaire, à ce moment précis, de l'acte futur ; tantôt, supposant par avance l'action accomplie, il prétend qu'elle ne pouvait se produire autrement. »


[Henri Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience,1889, chap. 3, Ed Centenaire pp.113-114].




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