Marx [08] Le travail ouvrier comme « aliénation » (Cr.E.P)

Publié le par Maltern

Marx [08] Le travail ouvrier comme « aliénation » (Cr.E.P)

 

« Nous n’avons considéré jusqu’ici l’aliénation, la dépossession de l’ouvrier, que sous un seul aspect, celui de son rapport aux produits de son travail. Or, l’aliénation n’apparaît pas seulement dans le résultat, mais aussi dans l’acte de la production, à l’intérieur de l’activité pro­ductrice elle‑même. Comment l’ouvrier ne serait‑il pas étranger au pro­duit de son activité si, dans l’acte même de la production, il ne devenait étranger à lui‑même ? En fait, le produit n’est que le résumé de l’activité, de la production. Si le produit du travail est dépossession, la production elle‑même doit être dépossession en acte, dépossession de l’activité, activité qui dépossède. L’aliénation de l’objet du travail n’est que le résumé de l’aliénation, de la dépossession, dans l’activité du travail elle‑même.

 

Or, en quoi consiste l’aliénation du travail ?

 

D’abord, dans le fait que le travail est extérieur à l’ouvrier, c’est‑à‑dire qu’il n’appartient pas à son être, que donc, dans son travail, celui‑ci ne s’affirme pas, mais se nie ; qu’il ne se sent pas satisfait, mais malheureux ; qu’il ne déploie pas une libre énergie physique et intellectuelle, mais mortifie son corps et ruine son esprit. En conséquence, l’ouvrier n’a le sentiment d’être auprès de lui‑même qu’en dehors du travail et, dans le travail, il se sent extérieur à soi-même. Il est lui-même quand il ne travaille pas et, quand il travaille, il n’est pas lui. Son travail n’est donc pas volontaire, mais contraint, c’est du Travail forcé. Il n’est donc pas la satisfaction d’un besoin, mais seulement un moyen de satisfaire des besoins en dehors du travail. La nature aliénante du travail apparaît nettement dans le fait que, dès qu’il n’existe pas de contrainte physique ou autre, le travail est fui comme la peste. Le travail aliéné, le travail dans lequel l’homme se dépossède de lui, est un sacrifice de soi, de mortification. Enfin, l’ouvrier ressent la nature extérieure du travail dans le fait qu’il n’est pas son propre bien , mais celui d’un autre, qu’il ne lui appartient pas ; que dans le travail l’ouvrier ne s’appartient pas lui‑même, mais appartient à un autre. De même, dans la religion, l’activité propre de l’imagination , au cerveau et au cœur humain, agit sur l’individu indépendamment de lui, c’est-à-dire comme une activité étrangère divine ou diabolique, de même l’activité de l’ouvrier n’est pas son activité propre. Elle appartient à un autre, elle est déperdition de soi‑même.

 

On en vient donc à ce résultat que l’homme (l’ouvrier) ne se sent plus librement actif que dans ses fonctions animales, manger, boire et procréer, tout au plus encore dans l’habitation, la parure, etc., et que, dans ses fonctions humaines, il ne se sent plus qu’animal. Le bestial devient l’humain et l’humain devient le bestial.

 

Manger, boire et procréer, etc., sont certes aussi des fonctions authentiquement humaines. Mais, séparées abstraitement du reste du champ des activités humaines et devenues ainsi la fin dernière et unique, elles sont bestiales. »

 

[Marx, Ébauche d’une critique de l’économie politique, Pléiade,t II, p.6o‑61]

 
 
 
 
 


 

Comme on dit “être à soi”, avoir du temps à soi.

 

Comparer à la création artistique ou l’on se sent pleinement soi-même et libre, on se réalise et qui correspond à un besoin

 
Quelle autre contrainte ?
Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article