BACHELARD GASTON 1884-1962 [08] Distinguer entre la connaissance « vulgaire »et scientifique. Ex : L’invention de la lampe électrique.

Publié le par Maltern

BACHELARD GASTON 1884-1962 [08] Distinguer entre la connaissance « vulgaire »et  scientifique. Ex : L’invention de la lampe électrique.

 

« Montrons d’abord comment la technique qui a construit la lampe électrique à fil incandescent rompt vraiment avec toutes les techniques de l’éclairage en usage dans toute l’humanité jusqu’au XIXè siècle. Dans toutes les anciennes techniques, pour éclairer il faut brûler une matière. Dans la lampe d’Edison, l’art technique est d’empêcher qu’une matière ne brûle. L’ancienne technique est une technique de combustion. La nouvelle technique est une technique de non-combustion.

 

Mais pour jouer de cette dialectique, quelle connaissance spécifiquement rationnelle ilfaut avoir de la combustion ! L’empirisme de la combustion ne suffit plus qui se contentait d’une classification des substances combustibles, d’une valorisation des bons combustibles, d’une division entre substances susceptibles d’entretenir la combustion et substances « impropres » à cet entretien. Il faut avoir compris qu’une combustion est une combinaison, et non pas le développement d’une puissance substantielle, pour empêcher cette combustion. La chimie de l’oxygène a réformé de fond en comble la connaissance des combustions.

 

Dans, une technique de non-combustion, Edison crée l’ampoule électrique, le verre de lampe fermé, la lampe sans tirage. L’ampoule n’est pas faite pour empêcher la lampe d’être agitée par les courants d’air. Elle est faite pour garder le vide autour du filament. La lampe électrique n’a absolument aucun caractère constitutif commun avec la lampe ordinaire. Le seul caractère qui permet de désigner les deux lampes par le même terme, c’est que toutes deux elles éclairent la chambre quand vient la nuit. Pour les rapprocher, pour les confondre, pour les désigner, on en fait l’objet d’un comportement de la vie commune. Mais cette unité de but n’est une unité de pensée que pour celui qui ne pense pas autre chose que le but. C’est ce but qui majore les descriptions phénoménologiques traditionnelles de la connaissance. Souvent les philosophes croient se donner l’objet en se donnant le nom, sans bien se rendre compte qu’un nom apporte une signification qui n’a de sens que dans un corps d’habitudes. « Voilà bien les hommes. On leur a une fois montré un objet, ils sont satisfaits, cela a un nom, ils ne l’oublieront plus ce nom. » [Jean de Boschère. L’Obscur à Paris, p. 63]

 

Mais on nous objectera qu’en prenant pour exemple la lampe électrique, nous nous sommes placé sur un terrain trop favorable à nos thèses. Il est bien sûr, dira-t-on, que l’étude des phénomènes aussi nouveaux que les phénomènes électriques pouvait donner à la technique de l’éclairage des moyens tout nouveaux. Mais notre débat n’est pas là. Ce que nous voulons démontrer c’est que, dans la science électrique elle-même, il y a institution d’une technique « non-naturelle », d’une technique qui ne prend pas ses leçons dans un examen empirique de la nature. Il ne s’agit pas en effet, comme nous allons le souligner, de partir des phénomènes électriques tels qu’ils s’offrent à l’examen immédiat.

 

Dans la science naturelle de l’électricité, au XVIIIesiècle, on pose précisément une équivalence substantielle entre les trois principes feu, électricité, lumière. Autrement dit, l’électricité est prise dans les caractères évidents de l’étincelle électrique, l’électricité est feu et lumière. « Le fluide électrique, dit l’abbé Bertholon [L’électricité des végétaux, p. 25] est le feu modifié, ou, ce qui revient au même, un fluide analogue au feu et à la lumière; car il a avec eux de grands rapports, ceux d’éclairer, de briller, d’enflammer et de brûler, ou de fondre certains corps : phénomènes qui prouvent que sa nature est celle du feu, puisque ses effets généraux sont les mêmes; mais qu’il est le feu modifié, puisqu’il en diffère à quelques égards. » Ce n’est pas là une intuition isolée, on la retrouvera facilement dans de nombreux livres du XVIIIesiècle. Une technique d’éclairage associée à une telle conception substantialiste de l’électricité aurait cherché à transformer l’électricité en feu-lumière, transformation en apparence facile puisque sous les deux formes : électricité et lumière on supposait qu’il s’agissait du même principe matériel. L’exploitation directe des premières observations, exploitation guidée par les intuitions substantialistes, demanderait seulement qu’on apportât un aliment à cette électricité feu-lumière [un pabulum suivant le terme consacré]. On mettrait ainsi en action toute une série de concepts utilisés dans la vie commune, en particulier le concept d’aliment qui a une grande profondeur dans l’inconscient. On creuserait la compréhension des concepts « naturels » et on trouverait sous les phénomènes pourtant si rares de l’électricité, les qualités profondes, les qualités élémentaires le feu et la lumière.

 

Ainsi enraciné dans les valeurs élémentaires, la connaissance vulgaire ne peut évoluer. Elle ne peut pas quitter son premier empirisme. Elle a toujours plus de réponses que de questions. Elle a réponse à tout. »

 

[Bachelard, Le rationalisme appliqué, PUF, pp. 105-107]

 
 
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M
c'est faux ce que dit Bachelard au sujet de la combustion et de la non combustion car les lampes à filament sont en incandescence soit une combustion lente
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