Aristote [45] La puissance et l’acte

Publié le par Maltern

φ♐ Aristote [45] La puissance et l’acte

 

« Il y a des philosophes, les Mégariques par exemple, qui prétendent qu’il n’y a de puissance que lorsqu’il y a acte, et que lorsqu’il n’y a pas acte, il n’y a pas puissance: ainsi celui qui ne construit pas n’a pas la puissance de construire, mais seulement celui qui construit, au moment où il construit. Et de même pour tout le reste. - Il n’est pas difficile de voir les conséquences absurdes de cette théorie.

 

Il est clair, en effet, qu’on ne sera pas architecte, si on n’est pas en train de construire, car l’essence de l’architecte réside dans la puissance de construire. Et de même pour tous les autres arts. Si donc il est impossible de posséder les arts de ce genre sans les avoir appris à un moment donné et sans les avoir acquis, et s’il est impossible de ne plus les posséder sans les avoir perdus à un moment donné (soit par l’oubli, soit en vertu de quelque maladie, soit par l’effet du temps, mais non du moins par la destruction de l’objet même, car cet objet est une forme éternelle), quand on cessera de l’exercer, on ne possédera pas l’art, et pourtant on pourra se remettre immédiatement à bâtir: comment donc aura-t-on recouvré l’art?

[…] Si donc nous appelons aveugle l’être qui ne voit pas, quoiqu’il soit dans sa nature de voir, au moment qu’il est dans sa nature de voir, et quand il existe encore, les mêmes êtres seront aveugles plu­sieurs fois par jour, et sourds également.

[…] Si l’on ne veut pas admettre ces conséquences, il est évident que la puissance et l’acte doivent être des choses différentes. Or, le raisonnement des Mégariques identifie la puissance et l’acte; en quoi faisant, ce n’est pas peu de chose qu’ils cherchent à ruiner. - Quelque chose peut donc avoir la puissance d’être, et cependant n’être pas, avoir la puissance de n’être pas, et être. De même pour toutes les autres catégories : un être peut avoir la puissance de marcher, et ne pas marcher; avoir la puissance de ne pas marcher, et marcher.

[…] Toute puissance est en même temps puissance de contradictoires : ce qui n’a pas puissance d’être dans un sujet ne pourra jamais lui appartenir, mais tout ce qui est puissance peut ne pas s’actualiser. Donc ce qui a puissance d’être, peut être et ne pas être. La même chose est donc puissance d’être et de ne pas être, et il est possible que ce qui a puissance de ne pas être, ne soit pas.

 

[Aristote : Métaphysique, 1046 b. 30, trad. Tricot, Vrin.]

 

 

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Publié dans REPERES PHILO.

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