Aristote [11] La nature du physicien : ordre finalité et hiérarchie le modèle du « Cosmos » Métaphore de l’armée et du général.
« Il nous faut examiner aussi de laquelle des deux manières que voici la nature du Tout [1] possède le Bien et le Souverain Bien : est-ce comme quelque chose de séparé, existant en soi et par soi ? est-ce comme l’ordre du Tout ? Ne serait-ce pas plutôt des deux manières à la fois, comme dans une armée. En effet le bien de l’armée et dans son ordre, et le général qui la commande est aussi son bien, et même à un plus haut degré, car ce n’est pas le général qui existe en raison de l’ordre, mais c’est l’ordre qui existe grâce au général [2]. Toutes choses sont ordonnées ensemble d’une certaine façon, mais non de la même manière [3], poissons, volatiles, plantes; et les choses ne sont pas arrangées de façon telle que l’une n’ait aucun rapport avec l’autre, mais elles sont en relations mutuelles : car toutes sont ordonnées à une seule fin. Mais il en est de l’univers comme dans une famille [4] où il est le moins loisible aux hommes libres d’agir par caprice, mais où toutes leurs actions ou la plus grande partie sont réglées[5] ; pour les esclaves et les bêtes [6], au contraire, peu de leurs actions ont rapport au bien commun, et la plupart d’entre elles sont laissées au hasard. Tel est en effet le principe qui, pour chaque chose, constitue sa nature : je veux dire, par exemple que tous les êtres[7]doivent du moins en venir à se dissoudre dans leurs éléments, et il en est ainsi pour d’autres caractères par lesquels tous conspirent à l’harmonie de l’ensemble. »
[Aristote, Métaphysique, t. II, Livre L, 1075a-1 livre trad. J. Tricot, Vrin, pp.706]
[1] L’Univers sensible de la physique.
[2] L’objet de ce chapitre est d’établir la transcendance du Bien en Dieu, il n’est pas immanent, mais émane de Dieu qui en est la source comme le général est un individu, cause première de l’ordre.
[3] Il y a un ordre mais en plus une hiérarchie.
[4] Au sens de société domestique.
[5] Analogie entre l’homme libre [au sens grec : celui qui a le droit de participer aux affaires de la cité] et les astres situés au-dessus de la lune dont les trajectoires sont régulières.
[6] Cette assimilation reflète l’esclavagisme de la société grecque.
[7] Les « êtres corruptibles.» qui se dissolvent dans leurs éléments constitutifs, à l’exclusion des corps célestes qui ne sont pas sujets à la génération..