Montaigne [01] 1533-1592 : Le scepticisme est-il un dogmatisme déguisé ? « Que sais-je ? » est sa formule exacte

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Montaigne [01] 1533-1592 : Le scepticisme est-il un dogmatisme déguisé ? « Que sais-je ? » est sa formule exacte

 

« Notre parler a ses faiblesses et ses défauts, comme tout le reste. La plupart des occasions des troubles du monde sont Grammairiennes. Nos procès ne naissent que du débat de l’interprétation des lois ; et la plupart des guerres, de cette impuissance de n’avoir su clairement exprimer les conventions et traités d’accord des princes. Combien de querelles et combien importantes a produit au monde le doute du sens de cette syllabe : HOC !  Prenons la clause que la logique même nous présentera pour la plus claire. Si vous dites : II fait beau temps, et que vous disiez vérité, il fait donc beau temps. Voilà pas une forme de parler certaine ? Encore nous trompera-t-elle. Qu’il soit ainsi, suivons l’exemple. Si vous dites : Je mens, et que vous disiez vrai, vous mentez donc.  L’art, la raison, la force de la conclusion de cette-ci sont pareilles à l’autre ; toutes fois nous voila embourbés. Je vois les philosophes Pyrrhoniens qui ne peuvent exprimer leur générale conception en aucune manière de parler; car il leur faudrait un nouveau langage. Le notre est tout formé de propositions affirmatives, qui leur sont de tout ennemies. De façon que, quand ils disent : « Je doute », on les tient incontinent à la gorge pour leur faire avouer qu’au moins ils assurent et savent cela, qu’ils doutent. […]

 

Cette fantaisie est plus sûrement conçue par interrogation : « Que sais-je ? » comme je la porte à la devise d’une balance. »

 

 

 

[Montaigne, Essais, L II Chap. XII, Pléiade p 589]

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Publié dans 20 - La Vérité

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