Nietzsche [05] Il faut poser des limites au devoir de vérité. (L. Philo. § 70)
Nietzsche [05] Il faut poser des limites au devoir de vérité. (L. Philo. § 70)
[Le devoir de vérité peut mutiler l’existence. La création artistique nous l’apprend. Plutôt qu’un absolu et une valeur, le ramener à son origine c’est le limiter à une utilité sociale.]
« L’homme exige la vérité et la réalise dans le commerce moral avec les hommes; c’est là-dessus que repose toute vie en commun. On anticipe les suites malignes des mensonges réciproques. C’est de là que naît le devoir de vérité. On permet le mensonge au narrateur épique parce qu’ici aucun effet pernicieux n’est à craindre. - Donc là où le mensonge a une valeur agréable il est permis : la beauté et l’agrément du mensonge, à supposer qu’il ne nuise pas. C’est ainsi que le prêtre imagine les mythes de ses dieux : le mensonge justifie leur grandeur. Il est extraordinairement difficile de se rendre à nouveau vivant le sentiment mythique du mensonge libre. Les grands philosophes grecs vivent encore entièrement dans cette justification du mensonge [1]. Là où l’on ne peut rien savoir de vrai, le mensonge est permis. Tout homme se laisse continuellement tromper la nuit dans le rêve.
La tendance à la vérité est une acquisition infiniment plus lente de l’humanité. Notre sentiment historique est quelque chose de tout nouveau dans le monde. Il serait possible qu’il opprime totalement l’art. L’énonciation de la vérité à tout prix est socratique[2].
[Nietzsche, Le Livre du philosophe, 1875, § 70, trad.Marietti, Aubier-Flammarion, 1969, p. 87.]
[1] Les présocratiques qui utilisent les mythes.
[2] Péjoratif : pour N.