Descartes [27] Causes physiologiques de l’emballement passionnel [Passions, art.46]
Ω Descartes [27] Causes physiologiques de l’emballement passionnel [Matière Esprit]
« Il y a une raison particulière qui empêche l’âme de pouvoir promptement arrêter ou changer ses passions, laquelle m’a donné sujet de mettre ci-dessus en leur définition, qu’elles sont non seulement causées mais aussi entretenues et fortifiées par quelque mouvement des esprits. Cette raison est qu’elles sont presque toutes accompagnées de quelque émotion qui se fait dans le coeur, et par conséquent aussi en tout le sang et les esprits, en sorte que, jusqu’à ce que cette émotion ait cessé, elles demeurent présentes en notre pensée en même façon que les objets sensibles y sont présents pendant qu’ils agissent contre les organes de notre sens. Et comme l’âme, en se rendant fort attentive à quelque chose, peut s’empêcher d’ouïr un petit bruit, ou de sentir une petite douleur, mais ne peut s’empêcher en même façon d’ouïr le tonnerre ou de sentir le feu qui brûle la main, ainsi elle peut aisément surmonter les moindres passions, mais non pas les plus violentes et les plus fortes sinon après que l’émotion du sang et des esprits est apaisée. Le plus que la volonté puisse faire pendant que cette émotion est en sa vigueur, c’est de ne pas consentir à ses effets et de retenir plusieurs des mouvements auxquels elle dispose le corps. Par exemple, si la colère fait lever la main pour frapper, la volonté peut ordinairement la retenir ; si la peur incite les gens à fuir, la volonté les peut arrêter et ainsi des autres. »
[Descartes, Les passions de l’âme. 1649,]