Freud [18] Le Ça : « marmite pleine d’émotions bouillonnantes » [2ème Topique].

Publié le par Maltern

Freud [18]  Le Ça : « marmite pleine d’émotions bouillonnantes » [2ème Topique].
Dimension irrationnelle du psychisme et règne du principe de plaisir.

 

[La 2ème Topique s’élabore à partir de 1920. Elle répond à des questions laissées ouvertes : en particulier le caractère inconscient d’une partie du moi. Freud distingue trois instances ayant chacune une fonction au sein de la personnalité : le Ça, le Moi et le Surmoi. Le Ça est l’inconscient originaire]

 

 

 

« N’attendez pas que je vous donne sur le Ça [1] beaucoup de détails nouveaux, hormis son nom. C’est la partie la plus obscure, impénétrable de notre personnalité, et le peu que nous en savons, nous l’avons appris en étudiant l’élaboration du rêve et la formation du symptôme névrotique Il a en outre, un caractère négatif et ne se peut décrire que par contraste avec le moi.

 

Seules certaines comparaisons nous permettent de nous faire une idée du Ça ; nous l’appelons : chaos, marmite pleine d’émotions bouillonnantes. Nous nous le représentons débouchant d’un côté dans le somatique et y recueillant les besoins pulsionnels qui trouvent en lui leur expression psychique, mais nous ne pouvons dire dans quel substratum.

 

Il s’emplit d’énergie, à partir des pulsions, mais sans témoi­gner d’aucune organisation, d’aucune volonté générale; il tend seulement à satisfaire les besoins pulsionnels, en se conformant au principe de plaisir. [2] Les processus qui se déroulent dans le Ça n’obéissent pas aux lois logiques de la pensée; pour eux, le principe de la contradiction est nul.[3] Des émotions contradictoires y subsistent sans se contrarier, sans se soustraire les unes des autres; tout au plus peuvent‑elles, sous la pression économique qui domine, concourir à détourner l’énergie vers la formation de compromis.

 

Dans le Ça , rien qui puisse être comparé à la négation; on constate non sans surprise que le postulat, cher aux philosophes,[4] suivant lequel l’espace et le temps sont des formes obligat­oires de nos actes psychiques, se trouve là en défaut. Dans le Ça, rien qui corresponde au concept du temps, pas d’indice de l’écoulement du temps et, chose extrêmement surprenante, et qui demande à être étudiée du point de vue philosophique, pas de modification du processus psychique au cours du temps. Les désirs qui n’ont jamais surgi hors du Ça, de même que les impressions qui y sont restées enfouies par suite du refoulement, sont virtuellement impérissables et se retrouvent, tels qu’ils étaient, au bout de longues années seul, le travail analytique, en les rendant conscients, peut parvenir à les situer dans le passé et a les priver de leur charge énergétique; c’est justement de ce résultat que dépend, en partie, l’effet thérapeutique du traitement analytique. »

 
 

[Freud, Nouvelles conférences sur la psychanalyse [1932], Gallimard, 1971, pp. 99‑100.]

 

 

 

 

 

 

 


[1] Terme repris par Freud au psychiatre allemand Georg Groddeck [1866‑1934], auteur de l’ouvrage Le livre du ça [Paris, Gallimard, nouvelle édition, 1973].

 

[2] Selon la psychanalyse, l’un des principes fondamentaux gouvernant la vie psychique de l’homme. Il tend à l’évitement du déplaisir et, le cas échéant, à la production de plaisir.

 

[3] L’un des principes logiques traditionnels. Il peut être formulé de la manière suivante : de deux propositions contradictoires, l’une est vraie et l’autre fausse.

 
 
 

[4] En particulier, à Kant dans la Critique de la raison pure. Espace et temps sont des « formes a priori de la sensibilité ».

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Publié dans 04- L'inconscient

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