Freud [03] Le rêve « réalisation déguisée d’un désir refoulé »
Freud [03] Le rêve « réalisation déguisée d’un désir refoulé »
« [...] Quand on scrute les pensées que l’on a apprises à connaître par l’analyse du rêve, on en découvre une parmi elles qui se détache vivement des autres, compréhensibles et bien connues du dormeur. Ces autres pensées sont des restes de la vie éveillée (restes diurnes) ; dans la pensée isolée cependant se reconnaît un désir souvent très choquant, étranger à la vie éveillée du rêveur, et qu’il accueille en conséquence par des dénégations étonnées ou indignées. Cette aspiration est l’élément proprement formateur du rêve, elle a fourni l’énergie nécessaire à la production du rêve et s’est servie des restes diurnes comme d’un simple matériel; le rêve ainsi constitué représente une situation où cette aspiration est satisfaite; le rêve est la réalisation de ce désir.
Ce processus n’aurait pas été possible, si quelque chose dans la nature et l’état de sommeil ne le favorisait pas. La condition psychique fondamentale du sommeil est la concentration du Moi sur le désir du sommeil, ce qui implique le retrait des investissements de tous les autres intérêts de la vie; comme en même temps les voies menant à la motilité sont fermées, le moi peut diminuer la quantité d’effort avec laquelle il maintient d’ordinaire les refoulements[1] . L’aspiration inconsciente profite de ce relâchement nocturne du refoulement pour faire irruption avec le rêve dans la conscience.
La résistance de refoulement du Moi n’est cependant pas non plus supprimée durant le sommeil, elle n’est que diminuée. Un reste en demeure : c’est la censure du rêve qui défend maintenant au désir inconscient de se manifester sous les formes qui lui seraient en réalité adéquates. En vertu de la sévérité de la censure du rêve, les pensées oniriques latentes doivent consentir à des modifications et à des atténuations, qui rendent méconnaissable le sens réprouvé du rêve. Là gît l’explication de la déformation du rêve, à laquelle le rêve manifeste doit ses caractères les plus frappants.
Ce qui justifie cette proposition : le rêve est la réalisation (déguisée) d’un désir (refoulé). Nous reconnaissons déjà que le rêve est construit comme un symptôme névrotique, qu’il est une formation de compromis entre l’exigence d’une aspiration instinctive refoulée et la résistance d’une puissance censurante dans le Moi. En vertu d’une genèse semblable il est tout aussi incompréhensible que le symptôme et réclame comme lui une interprétation.
La fonction générale du rêve est aisée à découvrir. Il sert à nous protéger, pour ainsi dire en les flattant, contre des excitations externes ou internes, qui pourraient amener le réveil, et à assurer par là le sommeil contre ce qui pourrait le troubler. »
[Freud, Ma vie et la psychanalyse, Publié 1950, Gallimard, Idées,1978, p.55-57]