Arendt [09] L’indistinction entre la loi et l’éthique dans l’état totalitaire est une source d’anarchie permanente.

Publié le par Maltern

Arendt [09] L’indistinction entre la loi et l’éthique dans l’état totalitaire est une source d’anarchie permanente.

 

« Durant leurs premières années d’exercice du pouvoir, les nazis firent pleuvoir une avalanche de lois et de décrets, mais ils ne se sou­cièrent jamais d’abolir officiellement la constitution de Weimar. Ils maintinrent, à peu de choses près, les administrations en place, ce qui induisit bien des observateurs nationaux et étrangers à espérer une limitation de l’activité du parti et une normalisation rapide du nouveau régime. Mais lorsque la promulgation des lois de Nurem­berg mit un terme à cette évolution, il apparut que les nazis eux-­mêmes ne se sentaient nullement concernés par leur propre législa­tion. Seule comptait pour eux « la constante marche en avant vers des objectifs sans cesse nouveaux » ; si bien que, finalement, « le but et le champ d’action de la police secrète d’Etat », ou de n’importe quelle autre institution de l’Etat créée par les nazis, ne pouvaient « en aucune manière rentrer dans le cadre des lois et des règlements édic­tés pour elles ». Pratiquement, cet état permanent d’anarchie se tra­duisit dans le fait que « nombre de règlements en vigueur ne furent plus rendus publics ». Sur le plan théorique, cela répondait à la maxime de Hitler selon laquelle « l’État totalitaire doit ignorer toute différence entre la loi et l’éthique ».

 

[Hannah Arendt, Le Système totalitaire, 1951, Points-Politiques, Seuil, p. 123.]

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Publié dans 25 - L'Etat - L ES

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