Freud [28] Fonctionnement illogique du système inconscient dans le travail de travestissement du refoulé à l’œuvre dans le rêve, et les formations délirantes. [ inconscient, désir ]
Freud [28] Fonctionnement illogique du système inconscient dans le travail de travestissement du refoulé à l’œuvre dans le rêve, et les formations délirantes.
[Dans un article de la Métapsychologie[1], Freud décrit les quatre propriétés qui caractérisent le fonctionnement du système inconscient : absence de contradiction, mobilité des investissements, intemporalité, substitution du réel psychique au réel extérieur. Cela permet de comprendre comment s’effectue le « travail » de déguisement du désir refoulé dans le rêve. Ce travestissement permet à la fois au désir de s’exprimer confusément, sans se dire clairement, - ce qui provoquerait l’éveil, - et contribue par là à abaisse la tension psychique. Rêve ou délire sont donc des formations de « compromis » entre exigences pulsionnelles et exigences du Moi.]
« Le noyau de l’Ics est constitué par des représentants de la pulsion[2] qui veulent décharger leur investissement,[3] donc par des motions de désir. Ces motions pulsionnelles[4] sont coordonnées les unes aux autres, persistent les unes à côté des autres sans s’influencer réciproquement et ne se contredisent pas entre elles. [5] Lorsque deux motions de désir dont les buts devraient nous paraître inconciliables sont activées simultanément, les deux motions ne se soustraient pas l’une de l’autre, ni ne se suppriment l’une l’autre, mais elles concourent à la formation d’un but intermédiaire d’un compromis. [6]
Il n’y a dans ce système ni négation, ni doute, ni degré dans la certitude. Tout cela n’est introduit que par le travail de la censure entre Ics et Pcs [7]. La négation est un substitut de refoulement d’un niveau supérieur. Dans l’Ics il n’y a que des contenus plus ou moins fortement investis.
Il y règne une plus grande mobilité des intensités d’investissement.[8] Par le processus de déplacement une représentation peut transmettre tout son quantum d’investissement à une autre, par celui de la condensation, s’approprier tout l’investissement de plusieurs autres. J’ai proposé de considérer ces deux processus comme signes caractéristiques de ce que nous appelons le processus psychique primaire.[9] Dans le système Pcs règne le processus secondaire ; dans le cas ou un tel processus primaire peut se dérouler sur des éléments du système Pcs, il apparaît “ comique ” et provoque le rire.
Les processus du système Ics sont intemporels, c’est‑à‑dire qu’ils ne sont pas ordonnés dans le temps, ne sont pas modifiés par l’écoulement du temps, n’ont absolument aucune relation avec le temps. La relation au temps elle aussi est liée au travail du système Cs.[10]
Pas d’avantage les processus Ics n’ont égard à la réalité. Ils sont soumis au principe de plaisir ;[11] leur destin ne dépend que de leur force et de leur conformité ou non conformité aux exigences de la régulation plaisir-déplaisir.
Résumons-nous : absence de contradiction, processus primaire ( mobilité des investissements) intemporalité et substitution à la réalité extérieure, de la réalité psychique, tels sont les caractères que nous devons nous attendre à trouver aux processus appartenant au système Ics.[12]
Les processus inconscients ne nous sont connaissables que dans les conditions du rêve et des névroses, donc dans des circonstances où des processus du système supérieur, le système Pcs, ont été rabaissées ( par régression) à un stade antérieur.[13] En eux-mêmes ils sont inconnaissables et même incapables d’exister parce que le système Ics a été recouvert très tôt par le système Pcs, qui s’est emparé de l’accès à la conscience et à la motilité. La décharge du système Ics dans l’innervation somatique va donner le développement d’affect,[14] mais ce moyen de décharge lui est contesté, comme nous l’avons vu, par le Pcs. A lui seul, le système Ics ne saurait mener à bien dans des conditions normales aucune action musculaire appropriée, à l’exception de celles qui sont déjà organisées sous forme de réflexes. »
[Freud, Métapsychologie, L’inconscient, Paris, Gallimard, 1968, trad. J. Laplanche et J.‑B. Pontalis, pp 96‑98.]
Pistes de réflexions :
1. Que veut dire Freud lorsqu’il affirme que les processus inconscients n’ont pas égard à la réalité ? A partir de ce texte essayez vous à définir le concept de “ réalité ”. Qu’est-ce à quelles règles se soumet une conscience qui est “ en prise avec la réalité ” ?
2. Les processus inconscients sont‑ils connaissables directement ? Pourquoi ? Vous pouvez vous référer à certaines productions artistiques de l’école surréaliste peintures de Dali ou Duchamp, poèmes de Michaux, Breton qui sont des expressions indirectes de l’inconscient.
3. Que veut dire Freud lorsqu’il déclare que le système les a été recouvert par le système Pcs ? Comment cela se traduit‑il à votre avis ?
4. L’inconscient est intemporel pour Freud : quelle est donc l’origine de notre “ temporalité ” ?
5. Où retrouve‑t‑on les processus qui règlent la mobilité des investissements, C’est‑à‑dire le déplacement et la condensation?
[1] Métapsychologie est un recueil d'articles théoriques de Freud, écrits en 1915. Le recueil devait comprendre douze articles; il n'en reste Plus que cinq qui ont pour sujets les pulsions, le refoulement, l'inconscient, le rêve, la mélancolie.
[2] La libido
[3] Cette notion d’investissementindique que Freud analyse le fonctionnement de l’Inconscient en terme de “force”, vision “dynamique” de l’appareil psychique en terme de conflits et rapports de forces.
[4] L'expression de “ motion pulsionnelle caractérise la pulsion sous son aspect dynamique.
[5] Tandis que la réflexions conscience ne tolère pas l’incohérent : ce qui ne se soumet pas au principe de non-contradiction.
[6] Un “compromis” satisfait-il pleinement ceux qui le passent ?
[7] Pcs : Préconscient.
[8] Au contraire une réflexion consciente “fixe” les choses, elle n’est pas “confuse”. Un symbole de rêve c’est ce qui renvoie à autre chose que soi : le contenu manifeste un contenu réel qui est latent et qu’il faudra “interpréter”.
[9] Synonyme au point de vue topique de “système inconscient”
[10] Cs : Conscient
[11] L'un des Principes qui régit selon Freud l'activité psychique : elle a pour but d'éviter le déplaisir.
[12] Ics : Inconcient
[13] La Censure est bien placée entre Ics et Pcs : je peux me rappeler d’une part de mes rêves au réveil.
[14] L’affect : l’émotion nerveuse et affective mais trouble et confuses que nous éprouvons en rêvant.