Platon [28] Portrait du sophiste en démagogue qui enseigne ce qui plaît à la "grosse bête" de l'opinion
* Les Sophistes enseignent-t-ils un savoir ou ce qui plait à la « grosse bête » de l’opinion du plus grand nombre ? Qu’est-ce qu’un démagogue ?
Adimante - Si...
Socrate - Or te paraît‑il différent de celui qui pense que le savoir consiste à s’être informé de l’instinct et des goûts d’une multitude composite en son assemblée, que ce soit en matière de peinture, de musique ou de politique ? Car c’est un fait : si quelqu’un s’adresse à la masse pour lui soumettre un poème ou une oeuvre quelconque ou une mesure d’intérêt public, en la laissant juge plus qu’il n’est nécessaire, il est fatal qu’il soit forcé de faire ce qui a l’approbation de ces gens‑là ; et que ce soit vraiment bon et beau, as‑tu jamais entendu l’un de ceux‑ci en donner une raison qui ne soit pas ridicule ?
Adimante - Je pense même que je n’en entendrai jamais.
Socrate - Après avoir réfléchi à tout cela, rappelle‑toi ceci : est‑il possible de faire en sorte que la masse admette ou soutienne que c’est le beau en soi qui a l’existence, et non pas la multiplicité des belles choses que c’est chaque chose en soi qui existe, et non pas la multiplicité des choses singulières ?
Adimante - Pas le moindrement...
Socrate - Ainsi, il est impossible que la masse soit philosophe.
Adimante - C’est impossible.
Socrate - Et il est inévitable qu’elle vilipende les philosophes.
Adimante - C’est inévitable.
Socrate - De même les individus qui la fréquentent avec le désir de lui plaire.
Adimante - C’est évident.
[Platon République VI, 493a‑494a, Tard. L. Guillermit, in Platon par lui-même, Paris 1994, G-F p 59-60]