Comte [01] Critique de l’introspection : « l’esprit humain peut observer directement tous les phénomènes, excepté les siens propres »

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Comte [01] Critique de l’introspection : « l’esprit humain peut observer directement tous les phénomènes, excepté les siens propres »

 

[L’introspection, - de <introspectare> : regarder à l’intérieur de soi, - est la méthode par laquelle on tente de comprendre l’homme en général à partir de celui qui nous est le plus proche : nous-même. S’il nous est possible de décrire notre intériorité et nos vécus une autre question est de savoir si cette connaissance est objective, si elle a une valeur explicative et si elle peu être généralisée. Autant de critères des sciences positives. Sénèque, Saint Augustin, Pascal, Rousseau tout comme les moralistes du XVIème et XXIIème recourent à l’introspection, l’attitude positiviste, - scientiste, - l’exclut. Dans ce passage célèbre Comte analyse la notion d’observation expérimentale pour en tirer argument contre la valeur de l’introspection.]

 

 

 

« […] les métaphysiciens livrés à l’étude de notre intelligence n’ont pu espérer de ralentir la décadence de leur prétendue science qu’en se ravisant pour présenter leurs doctrines comme étant aussi fondées sur l’observation des faits. A cette fin, ils, ont imaginé, dans ces derniers temps, de distinguer par une subtilité fort singulière, deux sortes d’observation d’égale importance, l’une extérieure, l’autre intérieure, et dont la dernière est uniquement destinée à l’étude des phénomènes intellectuels. Ce n’est point ici le lieu d’entrer dans la discus­sion spéciale de ce sophisme fondamental. Je dois me borner à indiquer la considération principale qui prouve clairement que cette prétendue contemplation directe de l’esprit par lui‑même est une pure illusion. […]

 

Il est sensible, en effet, que par une nécessité invincible, l’esprit humain peut observer directement tous les phénomènes, excepté les siens propres. Car, par qui serait faite l’observation ? On conçoit, relativement aux phénomènes moraux, que l’homme puisse s’observer lui‑même sous le rapport des passions qui l’animent, par cette raison anatomique, que les organes qui en sont le siège sont distincts de ceux destinés aux fonctions observa­trices[1] . Encore même que chacun ait eu occasion de faire sur lui de telles remarques, elles ne sauraient évidemment avoir jamais une grande impor­tance scientifique, et le meilleur moyen de connaître les passions sera‑t‑il toujours de les observer en dehors ; car tout état de passion très prononcé, c’est‑à‑dire précisément celui qu’il serait le plus essentiel d’examiner, est nécessairement incompatible avec l’état d’observation. Mais, quant à observer de la même manière les phénomènes intellectuels pendant qu’ils s’exécutent, il y a impossibilité manifeste. L’individu pensant ne saurait se partager en deux, dont l’un raisonnerait, tandis que l’autre regarderait raisonner. L’organe observé et l’organe observateur étant, dans ce cas, identiques, comment l’observation pourrait‑elle avoir lieu ? »

 

[A. Comte, Cours de philosophie positive 1830-1842, leçon 1.]

 

 

 


[1] Cette distinction est du médecin F.-J. Gall (1758-1828) Il localisait les facultés affectives (sentiments) dans les parties postérieures du cerveau les facultés intellectuelles (perception, réflexion) dans la région antérieure.

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Publié dans 02- Conscience

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