♎Sophocle ca 495-406 av. J-C [02] Antigone : l’insoumission à Créon et aux lois au nom des valeurs.[ Morale Droit Religion]

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Sophocle ca 495-406 av. J-C [02] Antigone : l’insoumission à Créon et aux lois au nom des valeurs.  

 

[Tout ce qui est de l’ordre du droit n’est pas forcément juste. Mais juger du droit lui‑même suppose une norme pour le faire. Existe‑t‑il alors un droit fondamental plus important que le droit écrit ? Ce droit peut‑il être source de toute règle instituée ? En opposant un droit supérieur et divin au droit écrit par les hommes, le mythe d’Antigone pose ainsi le problème du fondement du droit.]

  

Créon. ‑ Et toi, toi qui restes là, tête basse, avoues‑tu ou nies‑tu le fait ?

 
Antigone. ‑ Je l’avoue et n’ai garde, certes, de le nier.
 
Créon (au Garde). ‑ Va donc où tu voudras, libéré d’une lourde charge. (Le Garde sort. A Antigone.)

Et toi, maintenant, réponds‑moi, sans phrases, d’un mot. Connaissais‑tu la défense que j’avais fait proclamer ?

 
Antigone. ‑ Oui, je la connaissais : pouvais‑je l’ignorer ? Elle était des plus claires.
 
 

 Créon. ‑ Ainsi tu as osé passer outre à ma loi ?

 
Antigone. ‑ Oui, car ce n’est pas Zeus qui l’avait proclamée ! ce n’est pas la Justice, assise aux côtés des dieux infernaux ; non, ce ne sont pas là les lois qu’ils ont jamais fixées aux hommes, et je ne pensais pas que tes défenses à toi fussent assez puissantes pour permettre à un mortel de passer outre à d’autres lois, aux lois non écrites, inébranlables, des dieux ! Elles ne datent, celles‑là, ni d’aujourd’hui ni d’hier, et nul ne sait le jour où elles ont paru. Ces lois‑là, pouvais‑je donc, par crainte de qui que ce fût, m’exposer à leur vengeance chez les dieux ? Que je dusse mourir, ne le savais‑je pas ? et cela, quand bien même tu n’aurais rien défendu. Mais mourir avant l’heure, je le dis bien haut, pour moi, c’est tout profit : lorsqu’on vit comme moi, au milieu de malheurs sans nombre, comment ne pas trouver de profit à mourir ? Subir la mort, pour moi, n’est pas une souffrance. C’en eût été une, au contraire, si j’avais toléré que le corps d’un fils de ma mère n’eût pas, après sa mort, obtenu un tombeau. De cela, oui, j’eusse souffert ; de ceci je ne souffre pas. Je te parais sans doute agir comme une folle. Mais le fou pourrait bien être celui même qui me traite de folle.
 
 [ Sophocle, Antigone, scène dite « des Lois », vv. 441‑472, Paris 1962, Budé, Les Belles Lettres, Coll. des Universités de France, pp. 93‑94. Trad. P. Mazon.]
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Publié dans 28 - Devoir

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