☼Stravinsky Igor1882-1971 [01] La musique n’exprime pas d’états psychologiques. Elle ordonne le temps de l’auditeur. [art, joie ]

Publié le par Maltern

Stravinsky Igor 1882-1971 [01] La musique n’exprime pas d’états psychologiques. Elle ordonne le temps de l’auditeur. [art, joie ]

« La musique est une architecture pétrifiée » dit Goethe

 

« Je considère la musique, par son essence, impuissante à exprimer quoi que ce soit : un sentiment, une attitude, un état psychologique, un phénomène de la nature, etc. L’expression n’a jamais été la propriété immanente de la musique, la raison d’être de celle‑ci n’est d’aucune façon conditionnée par celle‑là. Si, comme c’est presque toujours le cas, la musique parait expri­mer quelque chose, ce n’est qu’une illusion et non pas une réalité. C’est simplement un élément additionnel que, par une convention tacite et invété­rée, nous lui avons prêté, imposé, comme une étiquette, un protocole, bref, une tenue et que, par accoutumance ou inconscience, nous sommes arrivés à confondre avec son essence.

 

La musique est le seul domaine où l’homme réalise le présent. Par l’imper­fection de sa nature, l’homme est voué à subir l’écoulement du temps ‑ de ses catégories de passé et d’avenir ‑ sans jamais pouvoir rendre réelle, donc stable, celle de présent.

 

Le phénomène de la musique nous est donné à la seule fin d’instituer un ordre dans les choses, y compris et surtout un ordre entre l’homme et le temps. Pour être réalisé, il exige donc nécessairement et uniquement une construc­tion. La construction faite, l’ordre atteint, tout est dit. Il serait vain d’y chercher ou d’en attendre autre chose. C’est précisément cette construction, cet ordre atteint qui produit en nous une émotion d’un caractère tout à fait spécial, qui n’a rien de commun avec nos sensations courantes et nos réac­tions dues à des impressions de la vie quotidienne. On ne saurait mieux préciser la sensation produite par la musique qu’en l’identifiant avec celle que provoque en nous la contemplation du jeu des formes architecturales. Goethe le comprenait bien qui disait que l’architecture est une musique pétrifiée. »

 

 

 

[Igor Stravinsky, Chroniques de ma vie, 1962, Denoël‑Gonthier, coll. Médiations, 1971, pp 63‑64­ ]

Publicité

Publié dans 10 - L'art

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article