♎ Ecriture automatique : Alquié, Durozoi /Lecherbonnier, Breton etc. [Inconscient, art, raison-réel]

Publié le par Maltern

 


Ecriture automatique : Alquié, Durozoi /Lecherbonnier, Breton etc.  [Inconscient, art, raison-réel]

L’inconscient dans l’art : la « surréalité » que révèle l’écriture automatique.

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* Ce qu’en dit André Breton

  
 

"Breton, comme tous ceux qui songent à universaliser une jouissance ou un savoir, énonce une « méthode » : l’écriture automatique. Il s’agit d’écrire, sans sujet préconçu et sans contrôle logique, esthétique ou moral, de laisser s’extérioriser tout ce qui, en nous, tend à devenir langage, et s’en trouve normalement empêché par notre surveillance consciente. Car tout, en nous, est discours et tendance au discours : mais notre conscience réduit nos discours à ceux qu’elle inspire et contrôle, faisant de notre vie, de nos angoisses, de nos gestes, un langage incompris et solitaire, d’autant plus désespéré qu’il ne se reconnaît plus lui même comme langage. Par l’écriture automatique, Breton prétend libérer et manifester ce discours essentiel qu’est l’homme. Cette méthode incline le surréalisme vers la science, en laquelle seule, en effet, on peut vraiment parler de méthode, d’universalité et de révélation d’un logos jusqu’alors caché. Et, cédant, de ce fait, aux nécessaires postulats de toute science, Breton objective sa fin, et parle du « fonctionnement réel » de la pensée, que selon lui l’écriture automatique permettrait de mettre en lumière. Car le Manifeste définit ainsi le surréalisme : « Automatisme psychique pur par lequel on se propose d’exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée... », le surréalisme repose sur la croyance à la réalité supérieure de certaines formes d’associations négligées jusqu’à lui... »

  
 

« Pourquoi, cependant, le fonctionnement inconscient de la pensée est il dit plus réel que son fonctionnement rationnel ? Comment « certaines formes d’associations » posséderaient elles une « réalité supérieure » à celle de l’enchaînement logique ou de l’attention? [...] Sans accepter [...] l’expression « fonctionnement réel de la pensée » (née sans doute sous l’influence d’une conception de la psychanalyse accordant à l’inconscient une « réalité » ontologique que la conscience claire posséderait à un moindre degré), je crois que l’on pourrait répondre en substituant aux illusoires degrés de réalité de la pensée les degrés de réalités des mondes aux-quels la pensée renvoie. Sans doute, en effet, la pensée automatique est elle dite plus réelle parce qu’elle participe à la poésie, laquelle à son tour révèle le monde de la surréalité, monde auquel, dans le Manifeste, Breton accorde la « réalité absolue », et cette fois légitimement dans la mesure où ce monde lui parait opérer la synthèse du monde visible et du monde imaginaire . »

  
 

[F. Alquié, Philosophie du Surréalisme, Flammarion, 1955, PP. 42 44.)

 
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* L’écriture automatique

  
 

L'écriture automatique inverse les rapports entre “ littéraire ” et non litté¬raire, le second apparaissant désor-mais comme incomparablement plus riche que le premier, le texte automatique révélant à son scripteur qu’il recelait en lui même beaucoup plus qu’il pensait et stupéfiant son « au¬teur ». [...] Que l’automatisme consti-tue une machine de guerre contre la conception bourgeoise de la littérature n’épuise pas son intérêt, cela n’en constitue qu’un aspect partiel. Plus importante est peut être la connaissance que, grâce à lui, l’individu va prendre de ses propres pouvoirs. Le texte en effet révèle que l’imagination personnelle est beaucoup plus riche et « sau¬vage » que ne le feraient penser ses productions conscientes; il apparaît qu’au delà des limites habituellement respectées un immense territoire s’offre encore à la prospection. Il suffit pour y aborder de parvenir à faire sauter les verrous de toutes les censures : alors il devient possible d’ « entrer dans l’inimaginable », de se faire voyant [...]. Parallèlement à cette connaissance supplémentaire sur l’esprit hu-main, l’automatisme mène à une connaissance de soi : le texte est un produit de l’inconscient et, comme tel, il peut faire l’objet d’une interprétation de type psychanalytique. C’est le moi le plus profond qui s’exprime : l’apparent arbitraire des images pro¬duites fait en réalité signe vers un déterminisme propre à l’inconscient. Derrière l’ « absurdité » du texte se dissimule un sens, qu’un travail d’éluci¬dation doit être en mesure d’expliciter.

 
 

[G. Durozoi et B. Lecherbonnier, Le surréalisme, Larousse, 1971, P. 97])

 
 
 

* Les sommeils hypnotiques

  Après avoir tenté d’approcher l’inconscient humain par le truchement des récits de rêves puis par celui de l’écriture automatique, les surréalistes sont guidés par Crevel vers une troisième approche du problème. C’est en effet grâce à lui que furent organisées les séances des « sommeils ».
  Breton en rend compte dans un texte intitulé « Entrée des médiums ». Il parle ici de l’écriture automatique :
  « [...] j’étais arrivé ces derniers temps à penser que l’incursion dans ce domaine d’éléments conscients le plaçant sous une volonté humaine, littéraire, bien déterminée, le livrait à une exploitation de moins en moins fructueuse. Je m’en désintéressais complètement. Dans le même ordre d’idées j’avais été conduit à donner toutes mes préférences à des récits de rêves que, pour leur épargner semblable stylisation, je voulais sténographiques. Le malheur était que cette nouvelle épreuve réclamât le secours de la mémoire, celle-ci profondément défaillante et, d’une façon générale, sujette à caution. [...] C’est pourquoi je n’attendais plus grand-chose de ce côté au moment où s’est offerte une troisième solution du problème (je crois bien qu’il ne reste qu’à la déchiffrer), solution où interviennent un nombre infiniment moins considérable de causes d’erreur, solution par suite des plus palpitantes. [...]
 
Il y a une quinzaine de jours, à son retour de vacances, René Crevel nous entretint d’un commencement d’initiation « spirite » dont il avait été redevable à une dame D... . Cette personne, ayant distingué en lui des qualités médiumniques particulières, lui avait enseigné le moyen de les développer et c’est ainsi que, dans les conditions requises pour la production de ce genre de phénomènes (obscurité et silence de la pièce, « chaîne » des mains autour de la table) il nous apprit qu’il parvenait rapidement à s’endormir et à proférer des paroles s’organisant en discours plus ou moins cohérent auquel venaient mettre fin en temps voulu les passes du réveil. »
  

[André Breton , Entrée des médiums , 1922,in Les Pas perdus, Paris, Gallimard, coll. « L’Imaginaire » n°243, p.120.]

 
 
 

* Transcription d’un des sommeils de Crevel :

  

« La négresse aux bas blancs aime tellement les paradoxes ! La saison des petites plantes dans des pots en-core plus petits est pourtant passée mais je dis : la négresse aux bas blancs aime tellement les paradoxes, aime tellement les paradoxes, qu’elle brode des baguettes noires sur ses bas blancs et encore des baguettes blanches sur les baguettes noires. Voyez cette femme qui est devenue un peu folle, ma foi, le jour où elle s’est aperçue qu’elle n’avait pas l’intérieur des mains noir. Et ceci se passait à Dunkerque. [...] »

  [René Crevel , La négresse aux bas blancs, in Littérature, n°6, nov. 1922.]
 


 Manifeste du surréalisme (1924)
 
 
 

[Aux écoutes d’une « voix intérieure » qui leur dicte Les Champs magnétiques (1919), Breton et Soupault élaborent une poétique radicalement nouvelle, bâtie sur le caractère impérieux et gratuit d’un automatisme verbo-auditif. Revenant, dans son premier Manifeste, sur l’expérience, Breton ne doute pas d’avoir trouvé là la matière première de l’inspiration poétique et il assignera pour tâche au surréalisme l’exploration de l’inconscient, terreau de ce matériau inouï.]

 
  « Un soir donc, avant de m’endormir, je perçus, nettement articulée au point qu’il était impossible d’y changer un mot, mais distraite cependant du bruit de toute voix, une assez bizarre phrase qui me parvenait sans porter trace des événements auxquels, de l’aveu de ma conscience, je me trouvais mêlé à cet instant-là, phrase qui me parut insistante, phrase oserai-je dire qui cognait à la vitre. J’en pris rapidement notion et me disposais à passer outre quand son caractère organique me retint. En vérité cette phrase m’étonnait; je ne l’ai malheureusement pas retenue jusqu’à ce jour, c’était quelque chose comme : « Il y a un homme coupé en deux par la fenêtre », mais elle ne pouvait souffrir d’équivoque, accompagnée qu’elle était de la faible représentation visuelle d’un homme marchant et tronçonné à mi-hauteur par une fenêtre perpendiculaire à l’axe de son corps.
 

[…] Tout occupé que j’étais encore de Freud à cette époque et familiarisé avec ses méthodes d’examen que j’avais eu quelque peu l’occasion de pratiquer sur des malades pendant la guerre, je résolus d’obtenir de moi ce qu’on cherche à obtenir d’eux, soit un monologue de débit aussi rapide que possible, sur lequel l’esprit critique du sujet ne fasse porter aucun jugement, qui ne s’embarrasse, par suite, d’aucune réticence, et qui soit aussi exactement que possible la pensée parlée. Il m’avait paru, et il me paraît encore - la manière dont m’était parvenue la phrase de l’homme coupé en deux en témoignait - que la vitesse de la pensée n’est pas supérieure à celle de la parole, et qu’elle ne défie pas forcément la langue, ni même la plume qui court. »

 
  
 

 Marguerite Bonnet, grande spécialiste des œuvres de Breton a publié dans la revue Art et psychanalyse, numéro intitulé « Folie et psychanalyse dans l’expérience surréaliste’ cet article sur le séjour de Breton à Saint-Dizier. »

 

 En 1978, Jean-Bertrand Pontalis publie dans La Nouvelle Revue Française un article sur les rapports de Freud et Breton : les vases non communicants.

 

 Sur René Crevel (1900-1935) et l’écriture automatique ou sous sommeil hypnotique.

 
 
 
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Publié dans 04- L'inconscient

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