Nietzsche [03] Notre identité de sujet : une illusion d’origine grammaticale. (P.B.M.)

Publié le par Maltern

Nietzsche [03] Notre identité de sujet : une illusion d’origine grammaticale. (P.B.M.)

 

« Si l’on parle de la superstition des logiciens, je ne ma lasserai jamais de souligner un petit fait très bref que les gens atteints de cette superstition n’aiment guère avouer; c’est à savoir qu’une pensée vient quand « elle » veut et non quand « je » veux, en telle sorte que c’est falsifier les faits que de dire que le sujet « je » est la détermination du verbe « pense ». Quelque chose pense, mais que ce soi justement ce vieil et illustre « je », ce n’est là pour le dire en termes modérés qu’une hypothèse, une allégation; surtout ce n’est pas une « certitude immédiate ». Enfin c’est déjà trop dire que d’affirmer que quelque chose pense, ce « quelque chose » contient déjà une interprétation du processus lui-même. On raisonne selon la routine grammaticale : « penser est une action, toute action suppose un sujet actif, donc... » C’est par un raisonnement analogue que l’atomisme ancien plaçait à l’origine de la « force agissante » la parcelle de matière ou réside cette force et à partir de laquelle elle agit, l’atome; des esprits plus rigoureux ont fini par apprendre à se passer de ce dernier « résidu terrestre », et peut-être arrivera-t-on un jour, même chez les logiciens, à se passer de ce petit « quelque chose », résidu qu’a laissé en s’évaporant le brave vieux « moi ». »

 

 

 

[Nietzsche, Par delà le Bien et le mal, 10/18 p 48.]

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