Tocqueville [03] 123 * Une nation qui ne demande à son gouvernement que le maintien de l’ordre est déjà esclave

Publié le par Maltern

Tocqueville [03] 123 * Une nation qui ne demande à son gouvernement que le maintien de l’ordre est déjà esclave

 

« Les hommes qui ont la passion des jouissances matérielles découvrent d’ordinaire comment les agitations de la liberté troublent le bien être, avant que d’apercevoir comment la liberté sert à se le procurer ; et au moindre bruit des passions publiques qui pénètrent au milieu des petites jouissances de leur vie privée, ils s’éveillent et s’inquiètent ; pendant longtemps la peur de l’anarchie les tient sans cesse en suspens et toujours prêts à se jeter hors de la liberté au premier désordre.

 

Je conviendrai sans peine que la paix publique est un grand bien ; mais je ne veux pas oublier cependant que c’est à travers le bon ordre que tous les peuples sont arrivés à la tyrannie. II ne s’ensuit pas assurément que les peuples doivent mépriser la paix publique ; mais il ne faut pas qu’elle leur suffise. Une nation qui ne demande à son gouvernement que le maintien de l’ordre est déjà esclave au fond du cœur ; elle est esclave de son bien être, et l’homme qui doit l’enchaîner peut paraître. »

 

[Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique, Bac 2002 S]

 

 



Publié dans 21- LA POLITIQUE

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